
« Que faites-vous dans la vie ? » C’est souvent la première question qui vient, lorsque nous rencontrons quelqu’un dans un dîner. Et qu’il est difficile de répondre à cette question quand on ne travaille pas ! La psychosociologue Anastasia Blanché s’est penchée sur la place du travail dans notre vie.
Le travail occupe une place importante dans la construction de notre identité. « Bien plus qu’une source de revenus, il nous sécurise en nous apportant une garantie sur l’avenir, il structure notre temps, crée du lien, nous donne une utilité sociale. Il nous inscrit aussi dans une communauté qui définit notre identité sociale », explique Anastasia Blanché.
Au sens étymologique, le mot « travail » provient du latin tripalium, qui désignait… un instrument de torture. Pour les économistes, le « travail » désigne exclusivement une activité rémunérée, dans le cadre d’un emploi – lequel procure statut, droits et protections. Ainsi, une mère au foyer et une assistante maternelle auront des journées semblables, mais un statut très différent !
Certains grands gagnants ont choisi de travailler à temps partiel ou de créer une activité indépendante pour bénéficier de ce statut et mieux se définir. D’autres ont pris une voie différente… Mais pour tous, la question s’est déplacée. « Il nous faut penser en termes d’activité et non de travail », résume l’un d’eux.
Anastasia Blanché propose un parallèle entre le gain et la retraite. Le point commun : un tournant majeur dans une vie, et la nécessité de réorganiser sa vie après le travail. Dans nos sociétés où nous avons toujours l’impression de « manquer de temps », s’arrêter de travailler est un luxe, tout comme l’absence de contraintes... Mais « reconvertir l’énergie ainsi libérée » n’est pas si simple !
Mieux vaut se préparer, et arrêter progressivement. « J’ai gagné en décembre et arrêté de travailler en janvier : c’était une erreur ! », témoigne une gagnante. Elle a aujourd’hui repris une activité à temps partiel, et en parle avec bonheur.
Pour Anastasia Blanché, il s’agit avant tout de « réfléchir à ce que l’on veut faire de sa vie ». Elle propose d’ailleurs de repenser son temps en quatre dimensions : penser à soi, à son cadre de vie, à ses relations avec les autres et à ses engagements… Et quels que soient nos choix, « prendre une boussole, et garder le cap ! ».
Anastasia Blanché est psychosociologue, thérapeute et enseignante à l’université Paris VII. Spécialisée dans les questions liées aux « tournants de la vie », elle a participé à plusieurs publications sur les changements liés au départ en retraite.