
Devenir riche nous rapproche-t-il ou nous éloigne-t-il des autres ? Une chose est sûre, rappelle le psychiatre Christophe André : le lien social est essentiel à notre bonheur.
« L’homme est un animal social », disait Aristote. Nous faisons chaque jour l’expérience de ce besoin de se sentir appartenir à un groupe, ou du plaisir d’une discussion impromptue. « La socialisation modifie notre fonctionnement hormonal », précise Christophe André. A ce titre, elle joue largement sur notre moral. Un antidépresseur bio, en quelque sorte !
L’une des clés du bonheur réside dans le partage des émotions positives. Dans un couple, par exemple, la capacité de se réjouir ensemble serait aussi importante que la solidarité dans les moments difficiles ! Christophe André insiste notamment sur la notion de gratitude. « Reconnaître ce que nous devons aux autres amplifie nos souvenirs positifs », dit-il. Cela renforce aussi l’estime de soi et le lien social en général. Il appelle donc à une « pratique de la gratitude pour accroître notre bien-être ».
Mais certains ont du mal à se réjouir du bonheur des autres… La plupart des gagnants ont ressenti cela. « Au début, il y a une sorte d’euphorie autour de nous, explique une participante. Puis, avec certains, une distance se creuse, sans que nous sachions si cela vient de nous ou des autres… ».
Pour Christophe André, ces réactions sont naturelles. Toute fortune, explique-t-il, engendre inévitablement des jalousies et suscite des interprétations erronées.
Les mois suivant le gain seraient donc des années d’apprentissage, à la recherche d’un nouvel équilibre avec les autres… mais aussi avec de nouvelles rencontres.
Dans la salle, les participants échangent leurs expériences. L’un d’eux se félicite d’avoir partagé son gain dès le départ. L’idée semble faire l’unanimité.
La fortune crée aussi des responsabilités, résume Christophe André. Plus que l’argent, c’est la liberté qui nous rend heureux. « L’argent peut nous libérer des contraintes qui nous empêchent parfois de savourer pleinement certaines expériences de vie », analyse-t-il. A condition bien sûr de ne pas oublier les autres, et de faire le bonheur de ceux qui nous entourent.
« Carpe diem en partageant ! » conclut une gagnante. N’est-ce pas là une belle définition de la sagesse ?
Christophe André est médecin psychiatre à l’hôpital St Antoine, à Paris. Spécialisé dans le lien social et l’estime de soi, il a publié de nombreux ouvrages, dont Imparfaits, libres et heureux : Pratiques de l’estime de soi (Odile Jacob) ou De l’art du bonheur (L’Iconoclaste).