

« Déterminer ce qu’on est prêt à jouer, et s’y tenir ! »
Co-auteur de l’ouvrage « Du plaisir du jeu au jeu pathologique – 100 questions pour mieux gérer la maladie », le professeur Michel Reynaud (chef du service addictologie de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif), s’est prêté au jeu des questions/réponses.
Qu’appelle-t-on « jeu pathologique » ? Sait-on combien de personnes sont concernées ?
Les joueurs pathologiques ont perdu la liberté de s’arrêter de jouer. Leur pratique est compulsive, et ils s’endettent souvent pour continuer à jouer. Il n’existe pas de statistique solide sur le jeu pathologique en France ; d’après les études menées à l’étranger, on l’estime à environ 1 % de la population amenée à jouer. Il faut surtout retenir que l’addiction se développe progressivement. Avant la pathologie, il existe une phase où le joueur commence à jouer un peu plus qu’il ne le voudrait. Ce jeu « problématique », ou excessif, concerne 5 à 10 % des joueurs. C’est là que se trouve le principal enjeu de santé publique.
A quel moment le jeu cesse-t-il d’être un plaisir ? Existe-t-il des signes avant-coureurs ?
C’est une question délicate, qui mélange des indicateurs objectifs (une augmentation des mises et du temps consacré au jeu, par exemple) et des facteurs psychologiques, comme la croyance que l’on peut être plus fort que le hasard. L’envie de « se refaire » est un autre risque important - surtout quand on a commencé par gagner ! Une étape supplémentaire est franchie quand on commence à cacher à son entourage des habitudes de jeu devenues plus fréquentes.
Quel conseil peut-on donner aux joueurs pour que le jeu demeure récréatif ?
L’essentiel est de bien déterminer ce que l’on est prêt à jouer (donc à perdre)… et de s’y tenir. Le jeu est un plaisir ; il faudrait considérer le gain comme un bonus.
Où en est la France dans la prévention et la prise en charge du jeu pathologique ?
Une prise de conscience s’est opérée, et un dispositif de soin se met en place. Mais beaucoup reste à faire en matière de prévention, de repérage et d’orientation des joueurs problématiques. Nous travaillons là-dessus avec tous les partenaires de bonne volonté.
… Comme la Française des Jeux.
La Française des Jeux a mené beaucoup d’actions en matière de jeu responsable, et nous collaborons de façon transparente. Nous devons continuer dans ce sens, pour aider les personnes concernées avant que les difficultés les plus sérieuses ne surviennent.